Une innovation aux Jeux d’Olympiques spéciaux 2026 : santé des femmes et ajustement des soutiens-gorge

Une innovation aux Jeux d’Olympiques spéciaux 2026 : santé des femmes et ajustement des soutiens-gorge.

Messieurs, il est temps d'aborder un sujet qui pourrait vous mettre mal à l'aise, mais qui mérite votre attention : il s’agit des femmes. Plus précisément, des blessures et problèmes de santé qui touchent exclusivement les athlètes féminines.

Depuis de nombreuses années, les athlètes féminines déplorent un manque d’attention face aux problèmes de santé qui leur sont propres, notamment les douleurs mammaires, les troubles osseux et les symptômes liés au cycle menstruel. Une étude néerlandaise récente a révélé que 24 % des athlètes interrogées avaient du mal à communiquer sur ces blessures et problèmes spécifiques affectant leurs performances, souvent par gêne ou malaise. Une autre étude, portant sur la « triade de l'athlète féminine » (faible disponibilité énergétique, troubles du comportement alimentaire et faible densité osseuse), a mis en évidence la prévalence de ces problèmes dans tous ces domaines. C’est une situation aggravée par les difficultés de communication avec le personnel de santé. Le gouvernement canadien a reconnu ces différences et a introduit, dans le cadre du programme « Le sport c'est pour la vie » (Canadian Sport for Life) des directives destinées aux athlètes féminines, dont l'une des sections s'intitule notamment : « Les femmes ne sont pas des hommes ». Merci de l'avoir remarqué !

Et il ne s'agit là que d’athlètes ayant leurs pleines capacités. Imaginez maintenant une athlète atteinte d'une déficience intellectuelle ou d'un trouble du développement.

En plus de la gêne ou de l'inconfort qu'elles peuvent ressentir à l'idée d'aborder le sujet de leur corps, de nombreuses athlètes d’Olympiques spéciaux peuvent rencontrer des difficultés de communication. Il arrive aussi tout simplement que les athlètes et leurs familles ne connaissent pas les signes à surveiller ou les démarches à entreprendre.

La santé du sein est l'un des domaines où l'information fait défaut. Les athlètes vivant avec une déficience intellectuelle ou développementale ainsi que leurs parents — le plus souvent leurs mères, il faut bien le dire — s'en remettent aux professionnels pour les conseiller. Après tout, le médecin est le mieux placé pour savoir, n'est-ce pas ? Encore faut-il tomber sur le bon médecin.

C'est là qu'intervient Lisa Barrie, surnommée « la docteure des soutiens-gorge ».

Précisons-le d'emblée : Lisa n'est pas médecin au sens propre du terme, bien qu'elle mérite amplement ce titre. Elle est propriétaire d'Essentials Lingerie, une boutique située à Greenwood, en Nouvelle-Écosse, spécialisée dans les soutiens-gorge pour femmes ayant des besoins particuliers, qu'il s'agisse de femmes en situation de handicap, ayant subi une mastectomie ou ayant tout simplement une morphologie hors normes. Avez-vous déjà entendu parler d'un bonnet O ? Et maintenant que vous connaissez son existence, pouvez -vous penser à des femmes susceptibles d'en avoir besoin ?

Lisa possède une grande expertise dans l'ajustement de soutiens-gorge pour toutes les morphologies et toutes les tailles ; comme elle aime le dire, elle le fait sans jamais utiliser de ruban à mesurer ! C’est donc tout naturellement vers elle que s’est tournée Rachel Stanes, de l’organisation Olympiques spéciaux de la Nouvelle-Écosse, lorsque cette initiative a été lancée à l’échelle provinciale.

Mme Stanes avait identifié le mauvais ajustement des soutiens-gorges comme un problème particulier pour les athlètes d’Olympiques spéciaux. Qu’elles soient en situation de handicap ou non, les athlètes féminines constatent généralement une amélioration de leurs performances et une réduction des blessures lorsqu’elles bénéficient d’un soutien mammaire adéquat, bien que les recherches sur ce sujet restent limitées (voir les articles ici, ici et ici). Un autre problème rencontré par de nombreuses sportives est celui des irritations cutanées causées par des soutiens-gorges mal ajustés.

« Certaines athlètes, surtout celles qui ont une poitrine généreuse, peuvent avoir une poitrine qui s’affaisse. Cela provoque alors des frottements et des irritations. Nous avons vu des athlètes souffrir d’irritations cutanées sévères. Les médecins leur prescrivent des crèmes ou d’autres traitements, mais cela ne suffit pas. Ces solutions ne règlent pas le problème à la source », explique Lisa.

La solution ? Des soutiens-gorge bien ajustés. Les recherches démontrent qu’un soutien-gorge adapté, offrant un bon maintien, relève la poitrine, soulage le dos, améliore la posture et accroît sensiblement les performances. Lisa plaide pour que le soutien-gorge de sport soit considéré comme un équipement sportif à part entière, au même titre qu’une coquille de protection.

Grâce au travail accompli par Lisa et d'autres membres d’Olympiques spéciaux, il s'agit des premiers jeux nationaux au pays — et peut-être même au monde — où les athlètes féminines se verront proposer une prise de mesures pour leur taille et recevront un soutien-gorge de sport gratuit. Peut-être cette initiative deviendra-t-elle une norme, non seulement pour les athlètes vivant avec une déficience intellectuelle ou développementale, mais pour toutes les sportives. Fini les poitrines mal soutenues qui causent inconfort, douleurs et blessures. Quelle idée novatrice !

Toutefois, l'ajustement adéquat des soutiens-gorge ne constitue qu'une des initiatives en matière de santé des femmes lors de ces jeux. Une autre initiative consiste à sensibiliser les athlètes féminines à des sujets tels que l'autopalpation pour le dépistage du cancer du sein, la santé osseuse et la santé menstruelle. À cet égard, saluons les médecins responsables : les Drs Laura St. John, Patricia (Tish) Doyle-Baker et Tara Lee-McHugh, toutes issues de l'Université de Calgary. Elles dirigent la clinique de santé des femmes dans le cadre du programme « Athlètes en santé » et sont toujours ravies de parler de leurs activités de sensibilisation et de recherche. Vraiment très ravies.

Une part importante des actions de sensibilisation et d'éducation consiste à fournir aux athlètes des exemples concrets et tactiles, car les explications verbales peuvent ne pas suffire. Une activité très appréciée consiste à apprendre à détecter le cancer du sein par l'autopalpation. On la présente comme un jeu à « trouver la boule ».

Honnêtement, ces modèles seraient utiles à toutes les femmes, et pas seulement à ces athlètes.

Comme l'a souligné le Dr Doyle-Baker : « Il y a vingt ans, une femme de l'UBC a mené une étude pour savoir si les femmes acceptaient de se palper les seins, car l'autopalpation était alors une méthode de dépistage privilégiée.

La plupart ont répondu qu'elles ne toucheraient pas à leurs seins... C'est une question de génération. »

Beaucoup de jeunes femmes d'aujourd'hui ont grandi avec cette même réticence à se toucher les seins ; une partie de la sensibilisation consiste donc à encourager les femmes atteintes de déficience intellectuelle ou développementale à s'examiner régulièrement et à signaler toute anomalie. Pour l'instant, les médecins ne peuvent pas dire avec certitude si les athlètes pratiquent réellement ces autopalpations. Toutefois, durant l'atelier proposé à la clinique de santé des femmes, Tish affirme : « Elles adorent quand elles trouvent la boule”.

Un deuxième projet lié à la santé des femmes porte sur l’ostéoporose. Les femmes connaissent bien ce terme, surtout en vieillissant. De nombreuses athlètes d’Olympiques spéciaux sont ravies d’apprendre qu’elles pratiquent déjà une activité susceptible de réduire leur risque de développer cette maladie plus tard. Toutefois, la situation est plus complexe qu’il n’y paraît.

Des recherches menées auprès d’athlètes féminines sans handicap indiquent que plusieurs facteurs, au-delà de la simple activité physique, peuvent influer sur la solidité et la densité osseuses. La nutrition, les hormones et la mécanique corporelle forment un ensemble complexe aux conséquences parfois imprévues. Au lieu de renforcer leur densité osseuse, les athlètes peuvent involontairement la réduire par l’entraînement ou même par des choix alimentaires visant à améliorer leurs performances.

Il y a aussi les blessures, auxquelles tous les athlètes sont tôt ou tard confrontés. Les traumatismes musculosquelettiques peuvent entraîner des complications augmentant le risque de problèmes osseux ultérieurs. Le Dr Doyle-Baker explique que les blessures modifient les mouvements et la posture, ce qui peut provoquer une usure inégale si elles ne sont pas traitées correctement. Malheureusement, les athlètes ayant une déficience intellectuelle ou développementale (DID) hésitent souvent à signaler une douleur, craignant que cela ne les empêche de continuer à pratiquer leur sport.

L’un des objectifs de l’éducation à la santé osseuse est donc d’encourager les athlètes à exprimer leur douleur et de les rassurer : un traitement approprié leur permettra en réalité de pratiquer leur sport plus longtemps. Il est également crucial d’inciter ces athlètes à demander de l’aide car, entre autres choses, elles peuvent vieillir plus rapidement que les personnes sans DID. Un vieillissement accéléré entraîne des différences dans l’évolution de la solidité et de la densité osseuses au fil du temps.

Cependant, comme le souligne le Dr Doyle-Baker, peu de recherches ont été menées dans ce domaine. C’est pourquoi l’équipe prévoit d’explorer ce champ de recherche. « Dans un avenir très proche, nous ferons passer des examens de densité osseuse aux athlètes ; cela nous permettra d’évaluer leur état par rapport à leur âge et de déterminer si leur capital osseux se dégrade plus rapidement. Ainsi, au lieu de développer une ostéoporose... elles pourraient plutôt présenter une ostéopénie, du fait de ce vieillissement accéléré. Et si leur espérance de vie est plus courte, la durée de leur vie en bonne santé risque également d’être réduite. C’est donc un travail qui doit être accompli. »

Il reste encore du pain sur la planche. C’est un thème récurrent au sein du programme « Athlètes en santé, mais surtout à la clinique de santé des femmes, où se rejoignent deux groupes traditionnellement peu étudiés : les athlètes ayant une déficience intellectuelle ou développementale et les femmes. L’un des sujets mentionnés plus haut qui bénéficie d’une certaine attention est la « triade de l’athlète féminine » (ou Female Athlete Triad en anglais), désignée par l’acronyme malheureux « FAT » (qui signifie « gras » en anglais) — un nom qui mériterait assurément d’être changé. Mais cela sort du cadre de cet article.

La triade comprend trois composantes liées à la santé qui fonctionnent de concert : un faible niveau d’énergie (pouvant ou non résulter d’un trouble de l’alimentation), la santé osseuse et la fonction reproductive. Le faible niveau d’énergie lié à l’alimentation est pris en charge par la clinique de promotion de la santé du programme « Athlètes en santé » (nous y reviendrons dans un prochain article), et la santé osseuse a déjà été abordée ici.

Cela nous amène au troisième volet de la clinique pour les femmes : le cycle menstruel.

Les trois médecins ont à cœur d’éduquer les athlètes sur la santé reproductive, mais c’est tout particulièrement le cas du Dr Laura St. John, directrice clinique de l’initiative de santé des femmes. C’est vraiment son domaine de prédilection. Tout comme pour l’atelier de dépistage des grosseurs mammaires, la clinique propose une activité pratique et ludique : un casse-tête. Le Dr St. John en explique bien le fonctionnement et l’objectif.

« Nous avons celui-ci, le bassin, qui montre nos différents organes : la vessie, l’utérus, les intestins et les ovaires. Et puis nous avons l’autre, qui représente l’utérus avec les trompes de Fallope et toutes les différentes pièces anatomiques constituant nos organes reproducteurs. »

Et quel est l’intérêt de faire assembler ces casse-têtes aux athlètes ?

« Il s’agit simplement de donner aux athlètes l’occasion de se familiariser avec ces termes. Comprendre l’anatomie est essentiel pour comprendre sa propre santé, pour savoir où se situe une douleur — par exemple, distinguer une douleur à l’ovaire d’une douleur à l’estomac. [Et peut permettre] d’introduire ces termes de manière plus interactive que par une simple discussion. C’est une occasion d’amorcer un dialogue et de s’adresser à elles dans un environnement moins stressant. »

Initier le dialogue sur les menstruations est difficile. De nombreux facteurs influencent la santé menstruelle, mais comme vous le diront presque toutes les femmes en bonne santé, ce n'est pas un sujet que nous abordons volontiers. La plupart d'entre nous hésitent à parler des ovaires, de l'utérus, des menstruations et de la ménopause, même lorsqu'il y a un problème ; les femmes présentant une déficience intellectuelle sont encore moins susceptibles d'en parler. Et mieux vaut éviter le rayon des tampons. Les trois médecins ont participé à cette conversation, dont seul un extrait est présenté ici.

Dr McHugh : « Nous devons pouvoir travailler avec toutes nos athlètes féminines pour aborder ces sujets et leur demander : comment pouvons-nous nous assurer qu'elles aient la possibilité de participer à toutes les périodes du mois ?… Notamment pour nos nageuses, nous avons constaté qu'elles s'absentent parfois tout simplement, pendant leurs règles, voire toute la semaine. »

Dr Doyle-Baker : « Il y a beaucoup d’idées fausses concernant le risque de choc toxique… Mais je pense aussi que, lorsqu’on explique à quelqu’un ses règles, il est beaucoup plus facile de lui montrer comment utiliser une serviette hygiénique que comment utiliser un tampon… Il y a aussi la question de la motricité fine. Donc, vous savez, ce processus est un peu plus difficile si la motricité fine est moins développée que pour mettre une serviette hygiénique ou utiliser une culotte menstruelle, par exemple. »

Dr McHugh : « Les maillots de bain étanches ne font pas partie de notre équipement. C'est une option, certes, mais ce n'est pas une solution miracle. Si c'est la raison pour laquelle les athlètes ne vont pas à la piscine, cela semble être une solution simple et naturelle. »

L'éducation et le soutien en matière d'équipement sont deux éléments clés qui reviennent sans cesse.

L'irrégularité est également cruciale pour identifier rapidement les problèmes potentiels. Les cycles menstruels des athlètes féminines font l'objet de recherches, notamment en lien avec le syndrome de la triade de l'athlète féminine. Les cycles menstruels peuvent permettre de déceler un dysfonctionnement chez une athlète, en particulier une baisse d'énergie. La combinaison d'une baisse d'énergie et d'irrégularités menstruelles peut entraîner une augmentation des blessures, ce qui finira par affecter la solidité osseuse. Tout cela s'inscrit dans une approche globale de la santé des femmes, particulièrement pertinente pour les athlètes féminines atteintes de troubles du développement intellectuel.

Comme pour de nombreux autres problèmes de santé, un trouble du développement intellectuel (TDI) ne se limite pas aux capacités intellectuelles ; il affecte l'organisme dans son ensemble. Les femmes atteintes d'un TDI peuvent présenter des flux menstruels différents en lien avec leur handicap ; après tout, comme le soulignent les professionnels de santé du programme Athlètes en santé, le cerveau commande l'ensemble de l'organisme. Si le fonctionnement cérébral diffère, cela aura vraisemblablement des répercussions sur le reste du corps. Le Dr St. John a réalisé des observations intéressantes à ce sujet.

« Nous menons de nombreuses recherches dans ce domaine pour mieux comprendre la santé menstruelle ; nous constatons que les personnes atteintes de déficience intellectuelle ont tendance à avoir des règles plus abondantes… Des règles qui durent un peu plus longtemps que ce que l’on considère comme la norme. Les crampes peuvent également poser davantage de problèmes… Nous observons potentiellement des affections gynécologiques, comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), qui risquent de ne pas être diagnostiquées. »

Toutefois, comme pour presque tous les aspects de l’initiative sur la santé des femmes, les recherches à ce sujet sont rares. Le Dr St. John est peut-être la seule chercheuse à faire de ce domaine son principal axe d’étude. Elle a mené quelques recherches, mais en dehors de ses propres travaux, elle s’appuie en grande partie sur des données anecdotiques.

« Il n’existe en réalité aucune autre documentation sur la santé menstruelle [des femmes ayant une déficience intellectuelle ou développementale]. Une grande partie des informations dont nous disposons, notamment en matière de santé reproductive, provient des aidants… Or, il est crucial que nous recueillions ces informations directement auprès des personnes ayant elles-mêmes une déficience intellectuelle. »

En fin de compte, il faut faire davantage de recherches. Cela inclut l’étude des conditions spécifiques touchant les athlètes féminines ayant une déficience intellectuelle, mais aussi des recherches sur l’éducation de ces athlètes. L’éducation est un élément clé de l’initiative sur la santé des femmes : il s’agit de transmettre les connaissances dont chacune de ces femmes formidables et uniques a besoin pour devenir une meilleure athlète et une personne en meilleure santé. C’est un processus en cours ; il s’agit d’une initiative audacieuse et prometteuse pour améliorer la santé, non seulement des femmes présentes à ces jeux, mais aussi de celles de tout le pays. Comme l’a déclaré Son Excellence la très honorable Louise Arbour, gouverneure générale du Canada, après sa visite à la clinique de santé pour les femmes :

« Je dirais que c’est une initiative qui se faisait attendre depuis longtemps dans bien des domaines. Mais dans ce contexte précis, il suffit de parler aux personnes présentes à la clinique. C’est tout simplement merveilleux. J’espère que cette initiative fera son chemin et sera accessible dans tout le pays. »

À en juger par les sourires qui illuminent le visage des athlètes lorsqu’elles quittent la clinique, elles trouvent elles aussi l’initiative merveilleuse. À l’issue de la séance consacrée à la santé des femmes, chaque athlète repart avec un nouveau soutien-gorge et le sourire aux lèvres, mieux outillée pour obtenir le soutien dont elle a besoin – et ce, à plus d’un titre.

Article de Roz Hirch, Jeux d’été d’Olympiques spéciaux Canada

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